Aller au contenu principal
Fermer

Soudan: dans Khartoum en ruines, la désillusion du retour
information fournie par AFP 27/09/2026 à 09:36
Ajouter Boursorama à vos sources

Un ouvrier répare un bâtiment endommagé suite au retour des Soudanais déplacés dans la capitale Khartoum, le 20 septembre 2026 ( AFP / Ebrahim HAMID )

Un ouvrier répare un bâtiment endommagé suite au retour des Soudanais déplacés dans la capitale Khartoum, le 20 septembre 2026 ( AFP / Ebrahim HAMID )

Des bombes qui explosent sans prévenir, des médicaments introuvables et des ruines à chaque coin de rue : la désillusion règne à Khartoum, plus d'un an après la reconquête de la capitale soudanaise par l'armée.

"C'était une erreur de faire revenir ma famille ici" : lâche Emad Khaled, homme d'affaires soudanais de 43 ans.

Il fait partie des 2,7 millions de personnes qui ont choisi de rentrer, épuisées par la guerre, les déplacements forcés, voire les persécutions raciales pour ceux qui se sont réfugiés dans l'Egypte voisine.

Il décrit un quotidien invivable. Dans l'incapacité de scolariser ses enfants dans une ville dévastée par la guerre, il prévoit de les renvoyer en Egypte. Lui doit rester sur place, "pour le travail".

Les hostilités ont éclaté en 2023 entre l'armée régulière soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), poussant quatre millions d'habitants de la capitale à fuir.

L'armée a repris la ville l'an dernier, et le gouvernement a rapidement encouragé le retour de la population, soucieux de donner une image de normalité, quand ailleurs dans le pays les combats continuent.

Les ministres ont été pressés de réinvestir leurs quartiers, les fonctionnaires priés de revenir et les vols domestiques ont repris à l'aéroport de Khartoum.

Un habitant de retour à Khartoum inspecte sa maison endommagée, le 20 septembre 2026 ( AFP / Ebrahim Hamid )

Un habitant de retour à Khartoum inspecte sa maison endommagée, le 20 septembre 2026 ( AFP / Ebrahim Hamid )

Mais depuis, des dizaines d'enfants ont été tués ou blessés par des bombes, dissimulées dans des maisons ou dans les rues, qui n'avaient pas explosé lors des combats. Selon l'ONU, à peine 1% de la superficie de la ville ne présente pas de risque.

Il y a aussi les incessantes coupures d'eau et d'électricité, parfois pendant des jours, malgré les travaux de reconstruction. Et puis la difficulté de trouver un travail.

Manque de médicaments

Thuraya Babiker, elle, pensait être rentrée pour de bon. Mais trois mois après son retour, cette retraitée de 86 ans fait déjà ses valises.

"Avec mon mari et ma plus jeune fille, nous partons aux Emirats arabes unis", explique-t-elle, à regret, alors que les soins médicaux dont elle a besoin sont inaccessibles.

Dans l'effervescence de la reprise de Khartoum l'an dernier, les organisations caritatives se sont empressées de reconstruire les hôpitaux, dont certains sont désormais "meilleurs qu'avant", assure le personnel de santé.

Mais malgré tous leurs efforts, bon nombre de services et de traitements font encore défaut.

"Nous sommes contraints de demander aux patients d'acheter eux-mêmes certains médicaments", admet le médecin Haifa Omar. "A chaque fois j'ai la gorge nouée, parce que je sais à quel point leur situation est difficile".

Des Soudanais déplacés arrivent à un arrêt de bus à Khartoum le 22 septembre 2026, alors que des familles retournent dans la capitale ( AFP / Ebrahim Hamid )

Des Soudanais déplacés arrivent à un arrêt de bus à Khartoum le 22 septembre 2026, alors que des familles retournent dans la capitale ( AFP / Ebrahim Hamid )

Imam Babiker, 34 ans, a dû visiter dix pharmacies pour en trouver le traitement de son père pour la tension artérielle, et le "prix change chaque jour".

Il a acheté un réfrigérateur pour stocker l'insuline de sa mère, diabétique, mais "l'électricité est coupée 12 heures par jour, donc elle s'abîme". D'autres ont vu leur frigo volé par des pillards et ne peuvent stocker viande et légumes.

"Contrat social soudanais"

Les étudiants de Khartoum ont eux aussi reçu l'ordre de revenir, les autorités ayant mis fin à l'enseignement en ligne en juillet.

"L'université refuse de me laisser soutenir ma thèse à distance, alors même que mon directeur de recherche se trouve à l'étranger et refuse de rentrer", s'agace un étudiant qui préfère rester anonyme.

"Ils n'ont rien voulu entendre. Leur seule priorité, c'est que les gens reviennent", confie une autre élève, qui tente désespérément d'obtenir une bourse en Egypte pour reprendre à zéro.

"Pour moi, tout ceci est politique: ils veulent donner l'illusion que la situation est normale, alors qu'elle ne l'est absolument pas".

Autrefois grande capitale africaine avec 8 millions d'habitants, Khartoum n'est plus que l'ombre d'elle-même.

Dans les secteurs huppés, seul le chant des oiseaux rompt le silence, les villas sont vides quand elles n'ont pas été pulvérisées par des missiles, et le verre des fenêtres brisées crisse sous les pas.

Dans le centre-ville, jonché de carcasses de bâtiments noircis, l'ampleur des destructions dépasse celle observée sur d'autres théâtres de guerre, y compris en Ukraine, selon un haut responsable de l'ONU.

Des habitants marchent dans les rues de Khartoum le 20 septembre 2026, suite au retour des Soudanais déplacés dans la capitale ( AFP / Ebrahim Hamid )

Des habitants marchent dans les rues de Khartoum le 20 septembre 2026, suite au retour des Soudanais déplacés dans la capitale ( AFP / Ebrahim Hamid )

L'économie nationale s'est effondrée, et le taux de change atteint désormais 8.000 livres soudanaises pour 1 dollar, soit 16 fois plus qu'avant la guerre.

Pour les autorités, l'image d'une capitale stable est essentielle pour incarner "le contrat social soudanais", commente l'analyste Kholood Khair, Khartoum ayant été historiquement épargnée par les conflits qui déchiraient les confins du pays.

"Et c'est ce qu'elles cherchent à rétablir en incitant les gens à rentrer", observe-t-elle.

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

  • Défilé de la collection printemps-été Giorgio Armani lors de la semaine de la mode, le 27 septembre 2026 à Milan ( AFP / Stefano Rellandini )
    information fournie par AFP 27.09.2026 13:06 

    Un an après le décès de Giorgio Armani, les femmes de sa marque ont paré leur élégance de cristaux et de paillettes pour la collection printemps-été présentée dimanche à Milan. Silvana Armani, la nièce du créateur italien, a proposé des robes et ensembles noirs ... Lire la suite

  • Des manifestants rassemblés à Portadown, en Irlande du Nord, contre le passage d'une marche protestante pro-britannique autorisée pour la première fois depuis 1997 en plein quartier catholique, le 27 septembre 2026  ( AFP / Paul Faith )
    information fournie par AFP 27.09.2026 12:28 

    Environ 2.000 personnes se sont rassemblées dimanche à Portadown en Irlande du Nord contre le passage d'une marche protestante pro-britannique autorisée pour la première fois depuis 1997 en plein quartier catholique, le Premier ministre britannique lançant un appel ... Lire la suite

  • Le pape Léon XIV bénit les fidèles lors de la messe dominicale à la Prairie du sanctuaire de Lourdes, le 27 septembre 2026  ( AFP / Lionel BONAVENTURE )
    information fournie par AFP 27.09.2026 12:27 

    Le pape Léon XIV a encouragé les évêques français à "poursuivre" leur action engagée contre le "douloureux fléau" de la pédocriminalité dans l'Eglise, dimanche à Lourdes, où il a continué avec un nouveau bain de foule et une messe en plein air son voyage en France. ... Lire la suite

  • Le président du Medef Patrick Martin le 11 septembre 2026, à Paris ( AFP / SIMON WOHLFAHRT )
    information fournie par AFP 27.09.2026 12:23 

    Les entreprises n'ont pas encore toutes les pistes sur ce que leur réserve le budget qui sera dévoilé jeudi, incertitude qui s'ajoute à leur grande inquiétude sur la situation économique du pays. "Comme tous les agents économiques, y compris les ménages, on ne ... Lire la suite

Pages les plus populaires